Il y a plus d’une dizaine d’années, je discutais de binaires avec un amateur spécialiste du sujet. On avait convenu des les observer de manière régulière, avec tous les matériels que l’on aurait dans le futur.
Au cours des années, ce fut toujours avec plaisir que j’ai fait découvrir ces étoiles à ceux qui ont mis un oeil à mes télescopes. J’ai toujours du plaisir à les observer dans de plus grands modèles (jusque 1m, à ce stade).
Une belle cible pour les observations estivales, voire plus…
Etoiles doubles et binaires ?
Les étoiles dites doubles sont de deux types : les doubles optiques et les « vraies doubles » ou binaires. Les premières sont provoquées par un alignement et effet de perspective visuel qui semblent les lier ensemble, alors qu’en réalité elles sont éloignées d’années lumières l’une de l’autre. Les secondes sont des étoiles dont les composantes sont gravitationnellement liées et sont souvent membres de système encore plus complexes (par exemple, Nu Scorpii, est composé d’un groupe de 4 étoiles orbitant autour d’un groupe de 3 étoiles.).
On en trouve partout…. Depuis quelques années lumières au confins de l’univers visible.
Mais on va ici s’occuper de deux binaires (ou vraies doubles) particulièrement, visibles, et dites « esthétiques », car la différence entre ses composantes est agréable à l’oeil.
Ras Algethi (Rasalgethi ou alpha Hercules)
Commençons par la moins évidente. La principale étoile d’Hercule est une binaire distante de 360 a.l. et même si son diamètre est de l’ordre de 500x notre Soleil, ce n’est pas la plus brillante étoile de la constellation.
Ras Algethi, ce qui signifie en arabe « tête de celui qui s’agenouille ». porte le nom de Dizuo en astronomie chinoise, et représente un empereur dont le palais, Tianshi, est lui-même représenté par un vaste complexe s’étendant de la constellation de l’Ophiuchus au sud à celle d’Hercule au nord.
En fait, avec une magnitude de 3, elle reste bien visible à l’oeil nu bien que concurrencée par Rasalhague assez proche.

Notons que Rasalhague (α Ophiuchi) est l’étoile la plus brillante de la constellation du Serpentaire. Située à environ 49 années-lumière de la Terre, son nom vient de l’arabe Ras al-hayyah, qui signifie « la tête du charmeur de serpents » et…. C’est (aussi) un système d’étoiles binaires tournant rapidement sur elle-même.
Revenons à Ras Algethi, dont les composantes brillantes ont des magnitudes 3 et 5, et qui est en fait une étoile triple, connue comme PMSC 17101+1430.
Avec une paire de jumelles et 50mm de diamètre, elle reste une étoile unique, il faut grossir vers 100x ou plus pour obtenir les deux composantes séparées de 5″ et commencer à distinguer des teintes différentes. Avec une lunette de 80 ou 90mm, à 180x, on distingue un voile orangé pour la principale et un bleuté pour la secondaire. Avec un 200mm et une bonne optique, la teinte orangée devient jaune d’or et la bleuté vire au bleu-vert.
Notez que tous les composants (miroir, lentilles, oculaires) influenceront cette perception, c’est aussi un moyen de tester votre matériel (et votre vue). Rasalgethi est plus difficile à observer, mais c’est un défi facile à relever
La composante principale est une étoile variable semi-régulière de sous-type SRb dont la magnitude apparente peut varier entre 2,73 et 3,60 selon un rythme de 3 mois.
En astrophoto… Résolution et focale sont roi… Quand on a les bonnes caractéristiques, l’image est jolie…

Palomar observatory

http://www.nikomi.net/deutsch/kunst/fotografie/astro/astro-gallery-index-d.htm
Albiero (beta Cygni)
Qui ne connait pas la plus célèbre double de l’été ?
Formant la tête du cygne et située à 390 a.l., ce couple est connu pour sa brillance.

A moins d’habiter sous un ciel vraiment pourri lumineusement, elle est visible à l’oeil nu.
Albiréo est située à l’extrémité de la constellation du Cygne, parfois appelée « étoile du bec » dans une constellation en forme de croix, que l’on nomme « la croix du nord », par analogie avec la constellation de la Croix du Sud.
Ce nom Albiero a subi bien des altérations, l’origine serait grecque et a subit des modifications à travers les diverses traductions arbares et latines. Dans l’Almageste, les étoiles sont groupées par constellation, et β Cygni est la première étoile décrite pour celle du Cygne. Lors d’une copie, la fin du commentaire sur le nom de la constellation, ab ireo, est probablement attribuée ainsi erronément à β Cygni. Finalement un copiste imagine que le nom correspond non pas à un nom latin mais à un nom arabe (commençant en principe par al…), et le transforme en « albireo ». Le nom Albireo est officialisé par l’Union astronomique internationale le 20 juillet 2016.

Palomar observatory
À l’œil nu, on ne distingue qu’une seule étoile de magnitude 3. Cependant, à l’aide d’un télescope, on distingue en fait deux étoiles, une jaune de magnitude 3,1 (Albiréo A), l’autre bleue de magnitude 5,1 (Albiréo B). Elles sont séparées de 34 secondes d’arc, ce qui les rend visibles même dans des instruments de taille modeste.
Au chercheur, étoile simple. Aux jumelles.. Cela dépend ! Selon la qualité de celles-ci, on parvient à résoudre le couple sous un ciel transparent et les jumelles bien immobiles.
C’est là que soit les jumelles stabilisées, soit de 80mm montrent leur capacité, avec dès 15x de grossissement, on peut arriver à les distinguer.
Avec un tube de 70mm ou 90mm et un grossissement de 30x, les magnitudes 3.2 et 4.7 sont bien résolues.
Les couleurs, pourtant très caractéristiques et brillantes dans ce cas, varient d’instrument à instrument, mieux vaut calibrer son matériel si on veut les capturer.
Bien que l’œil humain ou un petit télescope d’amateur ne montre qu’un magnifique couple d’étoiles (le duo jaune/orangé Albiréo A et le saphir bleu Albiréo B), des techniques de pointe comme l’interférométrie des tavelures et les données de la mission spatiale Gaia de l’ESA ont révélé la complexité interne d’Albiréo qui serait en fait un système d’étoiles triple (et même potentiellement quadruple selon des études récentes voir : https://www.aanda.org/articles/aa/full_html/2022/05/aa43255-22/aa43255-22.html).
Ainsi composé d’une étoile de classe K3 et de magnitude 3,3 et une étoile plus chaude mais moins brillante de classe B9 (magnitude 5,5). L’étoile K aurait une température de 4 400 kelvins et une luminosité 950 fois plus importante que le Soleil pour une masse de 5 masses solaires. Son compagnon proche aurait une température d’environ 11 000 kelvins, une luminosité de 100 luminosités solaires et une masse de 3,2 masses solaires. Elles formeraient un système très excentrique séparé d’en moyenne 40 unités astronomiques ayant une période d’environ 100 ans.
Albiréo B quant à elle a une luminosité de 190 fois supérieure à celle du Soleil, une température de 12 000 kelvins et une masse de 3,3 masses solaires. C’est une étoile en rotation rapide dont la période de rotation est inférieure à 15 heures, sa vitesse équatoriale étant d’au minimum 250 km/s. Du fait de sa rotation importante, cette étoile perd une partie de sa masse et se trouve entourée d’un disque formé de la masse éjectée.
Sur le long terme…
En soi, ce genre d’objet, pour le néophyte, on l’observe une fois et puis on passe à autre chose… Maintenant, n’y a-t-il pas d’intérêt à les revisiter de temps en temps ? Certes, pas d’explosions spectaculaires prévues avant des milliards d’années, mais des systèmes intéressants tout de même.
La preuve, en 50 ans, elle est passée de triple à quadruple… Et pour l’amateur, ce sont des cibles parfaites pour régler ses instruments et les évaluer, s’exercer à la spectrométrie ou valider ses mesures sur des variables pas trop complexes et facile à trouver.
Mais il restera toujours le spectacle visuel des couples jaunes et bleus….
Bon ciel d’été !

